Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement,
Monsieur le Gouverneur de la Région du Littoral,
Honorables Membres du Parlement,
Monsieur le Maire de la Ville de Douala,
Madame le Directeur Général de l’Autorité Portuaire Nationale,
Monsieur le Président du Conseil d’Administration du Port Autonome de Douala,
Mesdames et Messieurs les Présidents et Directeurs Généraux des Sociétés,
Monsieur le Secrétaire Général de Port Synthèse,
Mesdames et Messieurs les Membres de la Communauté Portuaire Nationale,
Mesdames et Messieurs les représentants des diverses confessions religieuses,
Leurs Majestés, les Chefs Traditionnels,
Distinguées personnalités,
Mesdames et Messieurs,
C’est avec une profonde émotion et une immense fierté que je prends la parole en ce jour mémorable, où s’ouvrent solennellement les festivités du Cent Cinquantenaire du Port de Douala-Bonabéri.
En cette circonstance solennelle, permettez-moi, Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, d’exprimer la profonde gratitude du Port Autonome de Douala et de l’ensemble de la communauté portuaire à l’endroit du Chef de l’État, Son Excellence Monsieur Paul BIYA. En acceptant de placer ces festivités sous son Très Haut Patronage et en vous déléguant personnellement pour présider cette cérémonie, le Président de la République nous fait l’honneur d’une marque de haute estime. Nous y voyons la reconnaissance d’un acteur clé de la construction de l’industrie portuaire nationale, véritable architecte de la modernisation et du développement du Port de Douala-Bonabéri.
Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs
Cet anniversaire, initialement prévu pour l’année 2021, date marquant le cent cinquantième anniversaire du Port de Douala-Bonabéri, ce grand rendez-vous de mémoire et d’avenir n’a pu se tenir comme envisagé. En effet, la grave crise pandémique liée au coronavirus avait alors bouleversé les équilibres mondiaux et imposé une suspension des festivités. Mais loin d’éteindre notre détermination, cette épreuve n’a fait que renforcer notre volonté de célébrer, en 2025, avec plus d’éclat et de profondeur, l’histoire et les réalisations de ce port qui demeure le poumon économique du Cameroun.
Loin d’être un simple jalon chronologique, cet anniversaire incarne la mémoire active d’une aventure humaine, édifiée par le courage, l’intelligence et l’abnégation de générations d’hommes et de femmes, d’ici et d’ailleurs, qui ont fait du Port de Douala-Bonabéri un patrimoine commun et une fierté nationale.
Mesdames et Messieurs
L’histoire du Port de Douala-Bonabéri constitue une fresque éloquente des interactions successives entre puissances coloniales et aspirations nationales. Dès la fin du XIXᵉ siècle, les autorités allemandes, établies au Cameroun à partir de 1851, jetèrent les premiers jalons de cette infrastructure stratégique. Leur action, guidée par des impératifs économiques et militaires, visait à doter la colonie d’un débouché portuaire apte à soutenir l’exportation des produits tropicaux notamment le cacao, le café, le bois et l’huile de palme et à assurer l’acheminement rapide des équipements nécessaires à la mise en valeur du territoire. Le choix du site de Douala-Bonabéri, au cœur de l’estuaire du Wouri, témoigne de leur clairvoyance géographique et de leur volonté de faire de ce lieu un pivot des échanges coloniaux. Ce qu’il sera d’ailleurs pendant environ 45 années, de l’occupation allemande.
En effet, les Allemands ambitionnaient de faire du Cameroun un hub portuaire majeur en Afrique, en développant des infrastructures à Douala, Kribi, Victoria, actuellement Limbe et Garoua. Le Port de Douala-Bonabéri, administré dès 1904 par le Service Officiel de Navigation Fluviale et de Cabotage, se dota de quais, des jetées, des docks flottants, et d’ateliers modernes. En 1911, il devint un centre névralgique du commerce colonial allemand, grâce à l’Union des ligues maritimes allemandes.
La Compagnie Woermann-Linie était bien équipée en puissants cargos et navires pour les passagers et longs courriers qui touchaient les ports du Kamerun et de l’extérieur : Victoria (Limbe), Kribi, Lomé, Conakry, Freetown, Hambourg, Boulogne, Southampton, Liverpool, Rotterdam, Madère, Tenerife, Swakopmund. Le trajet de Hambourg à Douala était alors parcouru en seize ou dix-sept jours.
La même année, la côte du Cameroun fut abordée par 536 vapeurs avec un tonnage de 1.551.058 tonnes ; 170 ont accosté à Douala avec un tonnage de 492.990 tonnes ; 191 à Victoria, avec un tonnage de 524.170 tonnes. Les autres, 175 vapeurs, avec un tonnage de 534.170 tonnes, se répartissaient dans les autres ports, la plus grande partie à Kribi dont le trafic maritime malgré́ les conditions d’accostage défavorables s’était développé́. Le transport des passagers et le cabotage furent organisés par le gouverneur Theodor Seitz, avec des liaisons régulières vers Tiko, Edéa et Yabassi.
Alors que les ports de Kribi, Victoria et Douala se disputaient une égale importance, seul Kribi représentait un véritable rival pour Douala-Bonabéri, tous deux desservant le Centre et le Nord du Cameroun. Le choix se porta finalement sur Douala-Bonabéri, en raison de ses atouts stratégiques : voies ferrées et routes facilitant son accès. Le gouverneur allemand Théodor Seitz privilégia la liaison ferroviaire Douala-Yaoundé, estimant qu’elle renforçait le contrôle administratif et militaire de la région. Dès 1912, Douala-Bonabéri s’affirma comme principal port du pays. Les projets allemands de modernisation sont restés toutefois inachevés, interrompus par la Première Guerre Mondiale.
Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs
À la suite de la Première Guerre mondiale et du retrait de l’Allemagne, la France, investie du mandat sur le Cameroun, hérita du Port de Douala-Bonabéri, infrastructure stratégique pour la mise en valeur du territoire. Dès 1922, l’administration coloniale française élabora un projet d’extension du port, s’appuyant sur l’avant-projet esquissé par les autorités allemandes avant le conflit. Bien que plus modeste que les ambitions initiales de ces dernières, ce plan intégrait une vision de développement à long terme. Il prévoyait notamment l’amélioration du chenal d’accès, la construction de nouvelles infrastructures et superstructures ainsi que l’agrandissement des équipements existants.
Le coût de ces travaux fut estimé à trois millions de francs français, dont plus d’un million réservé aux opérations de dragage et à l’aménagement du site. Dans un contexte marqué par les restrictions budgétaires de l’après-guerre, les autorités optèrent pour une modernisation progressive, en adéquation avec l’évolution du trafic maritime et des besoins économiques du territoire. Le Port de Douala-Bonabéri devint ainsi un pivot central de la stratégie française visant à développer et moderniser les infrastructures locales, tout en assurant une exploitation optimale du territoire au bénéfice de la relance économique de la métropole et de ses entreprises.
Cette orientation connut un nouvel essor au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, au début de la Quatrième République. Le 22 janvier 1947, le gouvernement français adopta un avant-projet d’extension qui portait sur l’amélioration des infrastructures et superstructures existantes, l’approfondissement des chenaux d’accès, la construction d’un boulevard maritime et diverses extensions, notamment à Bonabéri. Une enveloppe de 3,169 millions de francs CFA fut alors confiée à la Société des Grands Travaux de Marseille pour conduire les chantiers d’agrandissement et de modernisation.
La pose du premier bloc des nouveaux quais fut présidée par le Secrétaire d’État à la France d’Outre-Mer, le Dr Louis-Paul Aujoulat, en présence du Haut-Commissaire de la République française au Cameroun, Jean-Louis André Marie Soucadaux, et de Paul Darnault, Ingénieur en chef des Travaux publics et Directeur des Travaux publics et des Transports du Cameroun. Les travaux, menés entre 1948 et 1954, marquèrent une étape décisive dans la transformation du port après la première extension engagée en 1922.
À l’issue de ce vaste programme, le Port de Douala-Bonabéri disposait de 1 800 mètres de quais en eau profonde, de 30 hectares de terre-pleins, ainsi que de 25 000 m² de magasins-cales. Selon les projections établies en 1960, ces équipements permettaient d’anticiper une capacité de trafic d’un million de tonnes, avec une marge de sécurité suffisante pour répondre aux besoins des deux à trois décennies suivantes.
À l’accession du Cameroun à l’indépendance, le pays hérita de six plateformes portuaires exploitées par l’État, auxquelles s’ajoutaient deux ports privés. Le port de Douala-Bonabéri, de loin le plus important, concentrait à lui seul près de 87 % du trafic portuaire total entre 1966 et 1968. Ce dispositif comprenait également les ports de Tiko et de Victoria (aujourd’hui Limbé), qui assuraient environ 70 % du trafic du Cameroun occidental, ainsi que le port fluvial de Garoua, situé sur le fleuve Bénoué, dans le Nord du pays.
Les ports relevant de l’État étaient placés sous l’autorité du Service des ports et voies navigables, rattaché au ministère des Transports, des Mines et des Postes et Télécommunications. Leur gestion s’appuyait sur une direction dotée d’un budget annexe. Quant aux infrastructures privées, elles comprenaient, d’une part, le port situé à l’embouchure de la Ndian, dans le Cameroun occidental, exploité par la société Pamol, et d’autre part, celui de Campo, au Cameroun oriental, proche de la frontière avec la Guinée équatoriale, concédé à la Société forestière de Campo.
Mesdames et Messieurs
Si la France avait transféré aux nationaux la gestion de plusieurs institutions administratives et entreprises dans la partie occidentale du pays, la situation fut sensiblement différente pour le port de Douala-Bonabéri. En effet, les entreprises françaises déjà implantées sur cette plateforme portuaire poursuivirent leurs activités et les développèrent par la suite, bénéficiant des agréments hérités de l’administration coloniale (Syndicat des acconiers, Syndicat des compagnies de navigation, UCAM, MORY, CAMATRANS, SDV, SAGA, SOCOPAO, entre autres). Sous la supervision du jeune État camerounais, ce maintien s’expliquait à la fois par une volonté de continuité et par les contraintes imposées par les accords coloniaux conclus à la veille de l’indépendance. Ces derniers conféraient en effet aux entreprises françaises une position privilégiée, renforçant l’emprise de la France sur plusieurs secteurs stratégiques de ses anciens territoires. Ainsi, au lendemain de l’indépendance, aucune entreprise nationale n’était encore présente sur la plateforme portuaire de Douala-Bonabéri.
Mais, le jeune État, conscient de l’importance de l’industrie portuaire, et dans sa volonté de prise en main se don destin, engagea, avec le soutien des bailleurs de fonds internationaux, trois programmes d’investissements visant à accroître les capacités du port de Douala-Bonabéri.
Le premier projet d’aménagement lancé en 1969 – financé par la Banque mondiale à hauteur de 778 millions de FCFA, dans le cadre d’une procédure d’urgence -, visait essentiellement à répondre à la forte demande d’importation de clinker et à améliorer la manutention des grumes. Il se traduisit par la construction d’un quai minéralier, l’aménagement d’un parc à bois, le dragage de zones stratégiques et l’acquisition d’équipements modernes de manutention. Bien que limité, il permit une première montée en capacité du port et prépara le terrain pour une extension plus ambitieuse.
Le second projet, plus ambitieux, inscrit dans le quatrième plan quinquennal (1977-1981) et estimé à 120 millions de dollars, constitua l’axe majeur du programme d’investissement de l’Office National des Ports du Cameroun (ONPC). Lancé en novembre 1976, par le Premier ministre, Paul Biya, et exécutés par l’entreprise hollandaise Boskalis, sous la direction du regretté, Simon Ngann Yonn, Directeur Général de l’ONPC, les travaux visaient à doter la plateforme d’infrastructures conformes aux standards internationaux : création d’installations spécialisées pour l’exportation du bois, approfondissement du chenal d’accès, amélioration des dessertes routières et ferroviaires, modernisation de la pêche et mise en place d’unités de réparation navale. Conçu sur la base d’un plan directeur élaboré par des consultants internationaux, ce projet qui donna la configuration actuelle du Port de Douala-Bonabéri, traduisait l’ambition de faire du Port de Douala-Bonabéri un pôle régional compétitif.
Le troisième projet, quant à lui, financé en 1983 par un prêt de 22,5 millions de dollars de la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement, visait à combler les lacunes restantes. Il permit la construction de nouveaux quais en acier d’une profondeur de 9,5 mètres, l’édification d’entrepôts, ainsi que l’installation d’équipements spécialisés pour le stockage et la manutention des produits agricoles et des conteneurs. Ces investissements marquèrent une nouvelle étape dans la modernisation de la plateforme, en renforçant sa capacité d’accueil, sa sécurité nautique et la gouvernance de ses opérations.
Avec les trois extensions et réaménagements du Port de Douala-Bonabéri, l’Office National des Ports du Cameroun se trouva à la tête de la gestion d’une importante infrastructure portuaire, la plus grande plateforme d’échanges du commerce extérieur du Cameroun et de l’Afrique centrale.
Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs
Distingués Invités
Si l’accession du pays à l’indépendance inaugura une ère nouvelle, marquée par la volonté de reprendre en main les leviers stratégiques de son développement, la nationalisation des activités portuaires va se faire de manière progressive. La création du Port Autonome de Douala, résultante des textes réformateurs de 1998, traduisait cette volonté de rupture avec l’exploitation exclusivement tournée vers l’extérieur. Désormais, l’ambition nationale visait à transformer le Port de Douala-Bonabéri en instrument de souveraineté économique, au service de l’industrialisation, de l’intégration régionale et de la compétitivité du Cameroun sur l’échiquier international.
Cependant, l’option de désengagement de l’État des secteurs stratégiques et névralgiques imposée par les Institutions de Brettons Woods et les organismes `spécialisés des Nations-Unies en charge des transports, vont déstructurer et démanteler totalement l’industrie portuaire nationale. Après les derniers grands investissements des années 1980, les infrastructures et superstructures du Port de Douala-Bonabéri vont tomber en état de décrépitude avancée. Son important patrimoine foncier et immobilier va être aliéné. Le port exsangue, vit au rythme des congestions provoquées ou réelles. Le Cameroun a presque perdu sa souveraineté sur sa principale plateforme des opérations du Commerce extérieur qui est devenue un haut lieu de toutes sortes de trafics.
Face à cette situation, et sous les effets conjugués de la crise économique, du terrorisme mondial, des mutations dans le secteur maritime et portuaire, de la complexification de la géopolitique mondiale, l’État va décider de la reprise en main ferme du secteur. Le Port de Douala-Bonabéri doit redevenir le catalyseur de l’économie nationale qu’il n’aurait pas dû cesser d’être. Grâce à sa situation stratégique, et la mise en œuvre des dispositions de la loi réformatrice de 1998, le Cameroun doit redevenir un hub maritime incontournable dans le Golfe de Guinée. Après la construction du Port en eau profonde de Kribi et sa mise en activité. Douala-Bonabéri se devait de faire sa mue.
Depuis 2016 donc, conformément aux Très Hautes Instructions de Son Excellence, Monsieur le Président de la République, Paul Biya, énoncées à Douala le 6 octobre 2011, un ambitieux programme de normalisation des activités, de rénovation et de modernisation des infrastructures et superstructures, ainsi que de développement du Port de Douala-Bonabéri, a été engagé. Grâce à la mise en œuvre effective de projets structurants d’envergure, ce combinat portuaire a le vent en poupe. Des pans entiers de son activité ont été nationalisés avec succès. Il connaît une profonde transformation physique qui n’a égale que celle des années 1970, et étend désormais son rayonnement bien au-delà des rives du Wouri. Il a retrouvé son aura d’antan.
Mesdames,
Messieurs,
En cette année 2025, où nous commémorons les cent cinquante années d’existence du Port de Douala-Bonabéri, nous contemplons avec déférence et gratitude le chemin parcouru. Toutefois, cette étape ne saurait marquer un terme. Elle constitue, au contraire, l’annonce d’une promesse : celle d’un port toujours plus performant, attractif, compétitif, et à même de relever les défis du commerce international, de l’intégration régionale et de la mondialisation.
À vous, pionniers et bâtisseurs d’hier, va notre reconnaissance indéfectible. À vous, acteurs et partenaires d’aujourd’hui, incombe la noble mission de poursuivre l’écriture de cette épopée. Et aux générations futures, nous léguons l’espérance d’un port toujours plus grand, toujours plus fort, toujours fidèle à sa vocation au service du Cameroun.
Le Port de Douala-Bonabéri n’est pas seulement une infrastructure ; il incarne une œuvre collective, le témoignage vivant de la résilience et du progrès, un patrimoine national dont nous avons l’honneur d’être à la fois les héritiers et les gardiens vigilants.
Vive le Port Autonome de Douala !
Vive le Cameroun !
Je vous remercie.