La gestion maitrisée et performante du Terminal à Conteneurs du Port de Douala-Bonabéri
Le 31 décembre 2019, à 14 heures, le Port de Douala a fermé, comme à l’accoutumée. À 16 heures, l’Autorité portuaire de Douala procédait à la signature des documents de fin de Concession avec les responsables de Douala International Terminal. Un jour nouveau se levait au Port de Douala-Bonabéri. Le Port Autonome de Douala (PAD) venait de décider de reprendre la main sur une activité stratégique. Avec une gestion en régie de son principal terminal, et la création de la Régie du Terminal à conteneurs du Port de Douala-Bonabéri.
Le 1er janvier 2020, Faustin Dingana (le Directeur délégué de cette nouvelle Régie) et ses équipes, sous la supervision du Directeur Général du PAD, Cyrus Ngo’o, n’ont pas le temps d’accueillir la nouvelle année. Il faut procéder aux derniers réglages pour une reprise sans heurts de l’exploitation du Terminal à Conteneurs, le 2 janvier 2020. Le Directeur Général des Douanes, Edwin Fongod Nuvaga, venu s’enquérir de la situation, va être rassuré par Cyrus Ngo’o, quant à la connexion entre les services du Terminal à Conteneurs et les siens, et surtout avec le nouveau système d’information douanière baptisé « Cameroon Information System » (Camcis). Il est 21h 45.
Le 2 janvier 2020, le Port de Douala-Bonabéri rouvre ses quais, et son Terminal à Conteneurs reprend les opérations de débarquement/embarquement. Le Président du Conseil d’Administration, Shey Jones Yembe, qu’accompagnent le Directeur Général du PAD et le Directeur Général des Douanes ainsi que de nombreux opérateurs de la place portuaire vont faire le tour pour s’assurer du bon déroulement des opérations. À chaque étape, les responsables du PAD transmettent les encouragements et les assurances du gouvernement de la République aux employés et aux clients.
L’histoire retiendra que le navire JSP Vento fut le premier navire à être opéré par la Régie du Terminal à Conteneurs (RTC). Il s’agit d’un vaisseau de type General Cargo Ship de 130 mètres de longueur et de 17 mètres de largeur construit en 2011 et qui navigue actuellement sous le pavillon du Portugal. Deux autres navires suivront et seront traités par les travailleurs du Terminal à Conteneurs motivés à l’idée de servir l’économie nationale.
Transformée en filiale du PAD en 2022, la RTC est dans une dynamique positive. Le Terminal à Conteneurs s’impose aujourd’hui comme un levier clé de l’économie nationale et un pilier stratégique dans le développement du Port de Douala-Bonabéri. Les résultats enregistrés, conformes aux objectifs fixés dans la stratégie de reprise en main, témoignent de la pertinence des orientations initiales.
Entre 2020 et 2025, la Régie du Terminal à Conteneurs SA (RTC SA) a réalisé un chiffre d’affaires cumulé de 277.750.248.156 FCFA (deux cent soixante-dix-sept milliards sept cent cinquante millions deux cent quarante-huit mille cent cinquante-six francs CFA), investi sur fonds propres un montant total de 49.484.300.379 FCFA (quarante-neuf milliards quatre cent quatre-vingt-quatre millions trois cent mille trois cent soixante-dix-neuf francs CFA), et reversé en redevances une somme globale de 88.963.180.576 FCFA (quatre-vingt-huit milliards neuf cent soixante-trois millions cent quatre-vingt mille cinq cent soixante-seize francs CFA) au Port Autonome de Douala.
Au-delà de ces résultats financiers probants, cette reprise en main de la gestion revêt également une portée symbolique et patriotique. Elle témoigne de la capacité du Cameroun à assumer pleinement la gestion de ses infrastructures, à prendre des décisions souveraines et à défendre les intérêts stratégiques du pays.
Des Abeilles à la Régie du remorquage
À l’observation d’une vingtaine d’années de concession de certaines activités maritimes et portuaires, il a été constaté pour le déplorer, que les entreprises concessionnaires ne répondaient pas aux exigences de rentabilité économique et sociale de la stratégie de développement des places portuaires du Cameroun, car privilégiant la seule rentabilité financière lorsqu’elle fut dûment déclarée, sans jamais procéder à des investissements en vue du renouvellement de l’outil de production.
Fort de ce constat, dès l’exercice 2020, le Port Autonome de Douala s’est lancé dans une vaste opération de reprise en main de ces activités concédées, au nombre desquelles la manutention, l’entreposage, le dragage et le remorquage. Toutes ces activités ont fait l’objet de mise en Régies, excroissances du PAD jouissant pour certaines d’une autonomie financière et générant des ressources pouvant être mises au service de projets structurants à réaliser.
La Régie Déléguée du Remorquage (RDR) s’est inscrite dans cette mouvance de création et de mise en service d’organismes générateurs de ressources financières et donc capables de susciter à la fois l’intérêt des institutions financières, des partenaires au développement et des investisseurs privés. Ce qui a conduit le Conseil d’Administration du PAD à la faire passer du statut de Régie Déléguée du PAD, au statut juridique questionnable, à une véritable Société Anonyme, filiale du PAD, et désormais dénommée Régie du Remorquage Société Anonyme (RDR S.A.).
Durant les quinze (15) années de concession précédant la création de la RDR, les livres des comptes des entreprises concessionnaires de ladite activité, affichaient généralement des résultats déficitaires, que ce soit à la société LES ABEILLES CAMEROUN, ou à BOLUDA CAMEROUN qu’elle deviendra plus tard.
En outre, la rémunération salariale du personnel était jugée insuffisante en comparaison à d’autres entreprises exerçant sur la place portuaire de Douala-Bonabéri, et en dépit des efforts consentis au développement de ladite activité, se déployant in fine dans un environnement de travail précaire où les droits des travailleurs n’étaient pas toujours respectés.
À la reprise de l’activité du remorquage par la RDR en 2021, la flotte est constituée de cinq (05) remorqueurs dont ATURRI (49 ans), IROISE (51 ans), COCO (40 ans), MANGA BELL (24 ans) et PERFORMANCE (19 ans). Toute cette flotte battant pavillon français est dans un état piteux, avec une moyenne d’âge de 37 ans, les deux derniers ayant été transmis par le PAD au concessionnaire « LES ABEILLES » devenu plus tard « BOLUDA ».
À noter que les remorqueurs PERFORMANCE et MANGA BELL, au moment de leur mise à disposition par le PAD audit concessionnaire étaient dans un parfait état de fonctionnement vu leur jeune âge respectif de 4 ans et 9 ans. À la création de la RDR, ces deux (02) remorqueurs sont dans un état piteux. Le remorqueur PERFORMANCE est alors immobilisé du fait de l’avarie de son moteur principal tribord. À l’analyse des causes de cet état des remorqueurs, il ressort que le programme de maintenance de l’ancien concessionnaire était essentiellement superficiel, sa politique managériale étant axée sur la rentabilité financière, au détriment de la sauvegarde du patrimoine opérationnel.
À la reprise de l’activité du remorquage, outre l’outil de production reçu, la RDR hérite des personnels de l’ex-concessionnaire, tous camerounais. Cet effectif était constitué de 76 personnels dont 40 marins, 22 sédentaires et 14 administratifs. Cet état des lieux qui révèle une situation chaotique a naturellement obligé la RDR à entreprendre un certain nombre d’actions en vue de la reprise en main des activités du remorquage au Port de Douala-Bonabéri.
Depuis la reprise de l’activité en 2021, sur le plan technique, des actions de maintenance ont été principalement axées sur la maintenance curative compte tenu de la vétusté du parc des remorqueurs, permettant de maintenir les engins opérationnels, aidant ainsi la RDR à faire face aux exigences du trafic.
Créée le 22 décembre 2020 par une résolution du Conseil d’administration du Port Autonome de Douala pour se charger de la continuité du service de remorquage dès le 1er janvier 2021, date de son entrée en service, la RDR voit le jour à la suite de l’échec des négociations avec l’entreprise BOLUDA France, alors adjudicataire provisoire de l’appel international à manifestation d’intérêt du 14 septembre 2018 portant concession de l’activité de remorquage au Port de Douala-Bonabéri. Cette entreprise s’étant montrée incapable, entre autres, de donner suite à un certain nombre d’exigences, dont l’acquisition simultanée de deux remorqueurs neufs au nom du PAD, l’amélioration des installations, l’acquisition au nom du PAD d’un troisième remorqueur à la huitième année d’exploitation.
Transformée en filiale du PAD fin décembre 2022, avec comme nouvelle appellation « Régie du Remorquage S.A (RDR S.A) », elle emploie près de 100 camerounais. Un changement de forme juridique qui n’a rien changé aux missions : « Il s’agit de fournir d’excellents services de remorquage permettant d’attirer plus de navires au Port de Douala-Bonabéri. (…) La mission principale est de garder le cap de la performance », explique Captain Chuyeh Edward Mbunkur, Directeur général.
Au cours d’une visite de travail effectuée le 10 mars 2023 dans cette filiale dont il est le président du Conseil d’administration, le Directeur général du PAD, Cyrus Ngo’o, avait salué les performances de cette régie que beaucoup annonçaient mort-née. « La RDR devrait être considérée comme une fierté pour le Port Autonome de Douala en particulier et pour le Cameroun en général », avait-il avancé.

