« La Banque des projets du PAD n’est pas qu’une niche, mais un Wouri d’opportunités pour les opérateurs économiques camerounais »
« Le Président national a pris un engagement et nous devons nous engager à le rendre matériel : atteindre l’émergence à l’horizon 2035 »
- Monsieur le Directeur Général, comment se porte le Port Autonome de Douala (PAD) depuis votre arrivée à sa tête le 24 août 2016 ?
Vous conviendrez avec moi qu’il est toujours difficile, lorsqu’on est dans le feu de l’action, de parler de soi. Nous préférons agir et laisser apprécier. Le moi étant haïssable. On peut toutefois suggérer à la compréhension de vos lecteurs, quelques éléments de compréhension qui ont récemment amené la très sérieuse agence Bloomfield, à faire observer que le Port Autonome de Douala est un très bon risque pour les investisseurs.
Il faut dire que la concurrence accrue entre les ports a engendré une réorganisation en profondeur de l’activité portuaire afin d’en améliorer la performance, l’attractivité et la compétitivité. Compte tenu de certaines mutations, il fallait implémenter de nouveaux paradigmes de gouvernance en phase avec les évolutions du secteur portuaire.
Dans cette nouvelle organisation, le port n’est plus seulement cette étendue physique avec son débit portuaire et son rôle de plateforme de services logistiques. Par ses activités et ses missions, le port a désormais plusieurs fonctions : stratégique, économique, industrielle, logistique, sociale, environnementale, etc. La multiplicité des acteurs (autorité portuaire, différentes administrations et entreprises) et la multiplicité des services offerts (manutention, pilotage, lamanage, etc) font du port une organisation complexe et non homogène.
Ce nouveau contexte, marqué également par l’ouverture des marchés internationaux et les réalités du commerce international, oblige toutes les entreprises portuaires à s’arrimer aux standards du secteur, en améliorant les infrastructures et superstructures, les méthodes de gestion et les offres de service, afin d’atteindre un niveau élevé de performance organisationnelle, opérationnelle et managériale.
Ces défis se sont imposés au Port Autonome de Douala depuis des années. La modernisation de sa plateforme portuaire de Douala-Bonabéri, instruite par le Chef de l’État, S.E. Paul Biya, le 6 octobre 2011 à Douala, était devenue un impératif absolu. Plusieurs éléments, mis ensemble, ont permis en quelques années, de transformer en profondeur ce poumon économique du Cameroun, pour en faire une entreprise performante, véritable catalyseur de l’économie nationale.
Les bons résultats issus de tous les agrégats transformationnels ont repositionné stratégiquement, économiquement et socialement le Port Autonome de Douala et sa plateforme portuaire, aussi bien au Cameroun que dans la sous-région Afrique centrale. L’enjeu aujourd’hui réside dans la consolidation de ces gains de performance. Une consolidation efficace des acquis étant un levier important de la croissance de l’entreprise. Sous ce rapport qui est soumis aux critiques les plus sévères, nous pouvons dire sans risque de nous tromper, que le Port Autonome de Douala se porte relativement bien.
- De quel poids économique pèse aujourd’hui l’entreprise dont vous avez la charge ?
Réuni en ses 109ème, 110ème 111ème et 112ème sessions du 29 mai au 3 juin derniers, le Conseil d’Administration a approuvé les comptes consolidés du Port Autonome de Douala avec ceux de la Régie du Terminal à Conteneurs (RTC) et de la Régie du Remorquage (RDR). Le Total de Bilan au 31 décembre 2022 s’équilibre en ressources et en emplois à la somme de 410.996.918.122 FCFA, contre 353,918 milliards de FCFA au 31 décembre 2021, soit une augmentation de 57,079 milliards de FCFA en valeur absolue et 16,13% en valeur relative. Le chiffre d’affaires en 2022 a été de 131.526.364.300 FCFA contre 128,296 milliards de FCFA en 2021, soit une variation à la hausse de 3,23 milliards de FCFA en valeur absolue et 2,52% en valeur relative. Celui-ci était de 38,018 milliards de FCFA en 2017, soit au cours de ma véritable première année à la tête de l’entreprise. En 2022, le résultat bénéficiaire avant impôts s’est situé à 27.197.610.835 FCFA tandis que le résultat net bénéficiaire a été de 16.059.131.269 FCFA.
Il faut dire que le groupe Port Autonome de Douala s’en sort plutôt bien au cours de l’exercice 2022, et confirme sa bonne place au classement des entreprises publiques à fort potentiel, malgré le triple choc qui a frappé le monde entier ces dernières années : une inflation plus forte, des flambées du Covid-19 en Chine et la crise russo-ukrainienne qui ont considérablement perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Le Port de Douala-Bonabéri est le premier port de la CEMAC. Il ne dessert pas uniquement le Cameroun. Il permet aussi de desservir le Tchad et la République centrafricaine. C’est le moteur économique du Cameroun et de la sous-région. En ce qui concerne l’économie nationale, le Port de Douala-Bonabéri traite 70% des échanges du commerce extérieur global du Cameroun. Il contribue à la mobilisation de 85% des recettes douanières nationales, contribue à la création de 43% d’emplois formels au plan local (Douala) et de 18% au plan national. Notre port permet de mobiliser des salaires annuels d’environ 495 milliards de FCFA (situation en 2020).
- Dans l’optique d’une meilleure exploitation de ses ressources naturelles, le gouvernement camerounais a construit le Port en eaux profondes de Kribi, géré par le Port Autonome de Kribi (PAK). Comment le PAD entend-il désormais se distinguer dans l’ensemble du réseau portuaire camerounais ?
Il faut faire observer d’emblée que le Port de Douala-Bonabéri reste la principale plateforme du commerce extérieur du Cameroun. Et je dois dire que les organismes autonomes portuaires créés à la faveur du Décret n°99/128 du 15 juin 1999 n’ont pas vocation à se faire concurrence. Elles sont pensées pour être complémentaires, chaque port placé sous leur autorité ayant ses spécificités. Nous coopérons plutôt très bien avec le Port Autonome de Kribi, notre boussole commune étant la prospérité économique de notre pays.
Pour répondre de manière plus spécifique à votre question, je dirais que le Port Autonome de Douala a un tableau de bord connu de tous et décliné par le Président de la République, Son Excellence Paul Biya, le 6 octobre 2011, à savoir : faire du Port de Douala-Bonabéri le pôle de référence dans le Golfe de Guinée. Je pense que nous sommes sur la bonne voie. Nous avons par exemple eu beaucoup de retours positifs lors de la dernière édition de l’Africa CEO Forum où le PAD a été présenté comme un modèle. Beaucoup s’intéressent à notre modèle de financement des projets. La sécurisation de la plateforme portuaire suscite beaucoup d’intérêt sur le continent.
Enfin, nous avons trois axes stratégiques : être un port attractif et performant en proposant des services sûrs et de qualité ; être un port compétitif à travers la fluidification du passage portuaire de même que l’amélioration et la densification de l’outil de production ; être un port innovant, digital et socialement responsable.
- Comment appréciez-vous l’expertise camerounaise dans le fonctionnement du Port de Douala-Bonabéri ?
Les performances du Port Autonome de Douala et de sa plateforme portuaire sont éloquentes. Elles suffisent pour répondre à votre question. Jadis déficitaires lorsqu’elles étaient aux mains des multinationales étrangères, les activités sont désormais menées tambours battants avec une expertise camerounaise. Le Terminal à Conteneurs est en train d’être transformé et développé grâce à cette expertise camerounaise. C’est cette expertise qui a permis à la RTC de relever le défi de la reprise en main de la gestion après la fin du contrat de concession de Douala International Terminal (DIT) et de générer pour l’année 2022, un résultat bénéficiaire avant impôt d’un peu plus de 19 milliards de FCFA pour près de 12,5 milliards de FCFA de résultat net bénéficiaire.
L’activité de remorquage est menée par des Camerounais. Ils font un travail remarquable avec des résultats probants. Pour l’exercice clos au 31 décembre 2022, notre Régie du remorquage a fait un travail formidable avec un résultat bénéficiaire avant impôt de plus de 1,3 milliard, pour un résultat net bénéficiaire de 800 millions. Pendant des années cette activité a été essentiellement déficitaire.
L’activité de dragage est tenue par des Camerounais. Leur engagement permet au PAD de faire des économies de près de 9 milliards par an, là où les multinationales faisaient dépenser plus de 10 milliards par an au PAD et cela pendant 15 ans.
Grâce à notre Régie de Police et de Sécurité (DPS), pour laquelle nous avons recruté et formé des jeunes Camerounais encadrés par des Camerounais exigeants, le port est aujourd’hui entièrement sécurisé. Grâce à ces Camerounais aussi, les revenus générés par les accès et le pesage sont en nette croissance. A mon arrivée, même l’activité de lamanage qui consiste à amarrer les navires étaient tenues par des étrangers. Avec l’appui du Gouvernement de la République et du Conseil d’Administration, nous avons opté pour la nationalisation de l’activité en exigeant que l’expertise camerounaise soit promue. C’est une entreprise basée dans le Sud-Ouest qui s’en occupe désormais, avec un savoir-faire local qui se transmet parfaitement.
Avec la reprise en main de certains pans d’activités, le Port Autonome de Douala a considérablement contribué à la politique d’emploi de notre Gouvernement. En moins de 5 ans, le PAD a créé près de 2000 emplois, offrant ainsi des perspectives nouvelles à notre jeunesse. Par ailleurs, nous exigeons des entreprises qui contractent avec nous dans le cadre des chantiers de la rénovation, de la modernisation et du développement, d’engager des étudiants des grandes écoles et centres de formation dans le but de la transmission des savoir-faire et pour les soutenir financièrement.
- Quelles sont les niches de projets qui peuvent intéresser les potentiels investisseurs et en quoi le PAD peut-il constituer un appât pour ces investisseurs ?
Tout ce que nous faisons repose sur un Schéma directeur de développement, duquel découle une Banque de projets qui est disponible et accessible à la demande. Cette banque n’est pas qu’une niche, mais un Wouri d’opportunités pour les opérateurs économiques camerounais et étrangers. J’invite nos militants à la consulter et à envisager des partenariats public-privé avec le PAD dont la crédibilité et la bancabilité sont de véritables atouts.
Afin de répondre aux défis de long terme du commerce maritime et de conserver son statut de Port majeur de la côte ouest-africaine, le Port Autonome de Douala a mis en place une stratégie de croissance efficiente. Le Schéma directeur de développement du Port de Douala-Bonabéri dont je vous parlais tantôt prévoit à cet effet une extension vers un nouveau site portuaire en eau profonde sur l’île de Manoka, dans l’arrondissement de Douala VI.
Ce site, il faut le préciser au moment où le PAD s’apprête à célébrer les 150 ans de sa plateforme portuaire, avait déjà été projeté pendant l’occupation allemande (1884 à 1916), pour abriter des installations portuaires à la hauteur de la grandeur de l’Allemagne bismarckienne. Il s’agit concrètement d’anticiper sur la pression qui s’exerce sur ce que nous pouvons commencer à appeler « le vieux port », dont les capacités seront menacées de saturation dans les dix prochaines années.
Si le Port de Douala-Bonabéri veut maintenir sa posture de leader dans le Golfe de Guinée, voire sur toute la côte ouest-africaine, et avoir un avantage concurrentiel ainsi que des perspectives d’évolution comme cela se profile, l’Autorité portuaire qu’est le PAD doit mettre en œuvre sa stratégie comme nous sommes en train de le faire avec détermination, engagement et conviction. Cette stratégie intègre la forte dynamique de croissance de la taille des navires, qui exige des profondeurs plus importantes.
De nombreux investisseurs se proposent déjà d’accompagner le Port Autonome de Douala dans l’implémentation de cette extension envisagée. Le risque est à prendre. Car les feux sont au vert, qu’il s’agisse des finances de l’entreprise que de l’assurance de la profitabilité. Par ailleurs le retour sur investissement est garanti pour tous ceux qui nombreux s’engagent ou qui s’engageront avec nous dans la construction de ce port nouveau.
- Quels sont les défis actuels du Port Autonome de Douala ? Les voyants sont-ils au vert au PAD pour assurer sa compétitivité sur la côte atlantique à l’horizon 2035 ?
Le Port Autonome de Douala implémente actuellement une stratégie de développement qui repose sur un ambitieux programme de normalisation des activités, de rénovation, de modernisation et de développement des infrastructures et superstructures, en vue d’accroitre ses capacités et de renforcer les performances opérationnelles du Port de Douala-Bonabéri.
Comme je vous l’ai dit plus haut, cette stratégie est définie par un Schéma directeur de développement pour la période 2020-2050 (30 ans) et se fonde sur des facteurs socio-économiques qui montrent une dynamique de forte croissance du trafic portuaire, de la croissance démographique et économique du Cameroun. Ces trafics ne pourraient pas être traités par les infrastructures actuelles dont la capacité maximale est limitée et qui sont en situation de quasi saturation.
Les défis sont donc nombreux. Les problématiques qu’adresse la mise en place de la Zone de Libre-échange continentale africaine (ZLECAF) en font partie. C’est une importante opportunité de renforcement des échanges intra-africains et d’accroissement du processus de création des richesses en Afrique, pour un marché estimé de 1,3 milliard de consommateurs. Par rapport au Port de Douala-Bonabéri, la problématique est davantage de savoir comment on s’organise pour contribuer efficacement au succès de cette initiative. Pour le Port de Douala-Bonabéri, la facilitation des échanges relevant de la ZLECAF se fera tant au niveau des infrastructures d’accueil de ce trafic qu’au niveau des procédures liées à son traitement.
Les réalisations et les performances du PAD parlent d’elles-mêmes, et témoignent depuis un moment de la qualité de la signature du PAD auprès de l’opinion publique. La récente notation du PAD par l’agence Bloomfield vient par exemple confirmer le potentiel du Port Autonome de DOuala et rassurer les investisseurs quant à leur décision future de soutenir son développement. Toutefois, nous sommes conscients que la perception de l’opinion publique nécessite des actions d’amélioration continue. Le management du PAD est engagé par rapport à cela, avec le soutien indéfectible de son Conseil d’Administration et du Gouvernement de la République.
- L’un des obstacles à l’atteinte des objectifs d’émergence réside généralement dans la mauvaise gouvernance. Qu’est-ce qui est entrepris pour lutter contre cette gangrène et rassurer les investisseurs qui observent le PAD ?
Comprenez qu’une place portuaire peut être analysée comme une organisation territoriale de type district ou aire système. L’autorité portuaire qu’est le PAD est tout à la fois propriétaire et désormais gestionnaire des terminaux, employeur des « portiqueurs » et grutiers, aménageur des espaces portuaires et responsable de la police portuaire. Le PAD représente l’État. Il est également le partenaire privilégié de la Région et des collectivités territoriales concernées par le développement de la place portuaire et l’emploi.
Sur cet espace aux finalités économiques multiples auxquelles s’ajoutent des finalités sociétales et sociales, l’Autorité portuaire est sans doute le seul acteur à posséder une vision prospective du développement des activités. Vous comprenez donc que le management portuaire ne peut être qu’un domaine vaste et complexe parce qu’exerçant une influence directe sur la croissance économique du pays tout entier.
Pour réussir donc le vaste processus dynamique de rénovation, de modernisation et de développement des infrastructures et superstructures de sa plateforme portuaire, il fallait indubitablement implémenter de nouveaux paradigmes de management, lesquels convoquent la mise en œuvre de plusieurs types de modes de gestion.
Notre risque de gouvernance se reflète dans notre notation financière. Car comme vous devez le savoir, le rating a un impact, tant dans le financement des projets, les investissements que dans les négociations commerciales. Puis il y a la transparence et l’implication de tous les acteurs. Sur ce dernier volet, tant au sein du PAD que sur la plateforme portuaire de Douala-Bonabéri, des cadres de concertations existent pour le partage d’informations. D’aucuns parleraient de management participatif.
- Comment le PAD assure-t-il ses missions, en dépit du contexte économique de l’heure ? Comment votre entreprise garde-t-elle la confiance de ses partenaires dans cet environnement ?
Tout simplement en créant de la confiance. Cela passe par un cap clairement défini et compris de tous. Investi par le Chef de l’Etat pour rendre matériel son engagement pris le 6 octobre 2011 à Douala de faire du Port de Douala Le pôle de référence dans le Golfe de Guinée, je me suis fixé un seul cap : celui-là. Le Port était dans un état qui ne faisait pas honneur à notre pays. De mauvaises habitudes s’y étaient installées. Ce ne serait pas exagéré de dire que le Cameroun avait quelque peu perdu de sa souveraineté sur son port pour lequel l’Etat avait consenti d’énormes sacrifices en termes d’investissements. Il fallait donc procéder avec méthode. Cela passait par un cadre juridique plus adapté pour faire face aux défis et surtout par la pédagogie, la concertation, la persuasion. Ce n’était pas gagné d’avance. Vous vous souvenez sans doute des résistances auxquelles nous avons dû faire face. En l’occurrence au niveau du Terminal à Conteneurs qui fait désormais des profits et donne grande satisfaction à la clientèle et à l’économie nationale.
C’est le lieu pour moi de remercier le Président de la république, Président de notre parti, non seulement pour sa vision et son attachement au rayonnement de ce port, mais aussi pour son soutien sans faille qui a permis d’envisager sérieusement le vaste programme de normalisation, de rénovation, de modernisation et de développement des infrastructures et superstructures autour duquel s’est constitué un véritable consensus. Ceci pour rendre matérielle et palpable au Port de Douala-Bonabéri, sa promesse de Renouveau.
Le Port de Douala-Bonabéri est aujourd’hui performant, attractif et compétitif. D’importants moyens sont investis pour continuer à réduire de manière considérable les délais de passage. La dématérialisation des procédures a considérablement facilité la vie à nos partenaires et clients. Hier poreux et dangereux à certains égards, le Port de Douala-Bonabéri est devenu sinon le port le plus sûr de la côte ouest-africaine, du moins parmi les plus sûrs. Ceci, grâce au projet de sécurisation du domaine portuaire instruit par le Président de la République, S.E. Paul Biya.
- Affirmeriez-vous que l’émergence économique durable sonnera pour le PAD et plus largement pour ce secteur des transports au Cameroun à l’horizon 2035 ?
Le Président National de notre parti a pris un engagement et nous devons nous engager au quotidien pour rendre matériel cet engagement : atteindre l’émergence à l’horizon 2035. Il y a certes de nombreux vents contraires et une conjoncture internationale qui ne facilitent pas les choses. Mais nous devons donner le meilleur de nous.